Archive pour mars, 2009

Sans rame, ni radeau, nous serons les passagers du temps.

 

09-11-13-pm-2008-8-27-maleonn_nostalgia_no_8_large

Mon navire se nomme le Poisson llune. Je vous y invite le temps d’une traversée intemporelle. Nous irons dans l’au-delà du fleuve. Dépassé l’entre-deux rives. Inventant de nouveaux points cardinaux. Désormais, le Nord et le Sud ne sont plus. L’embarcadère de mon vaisseau fantôme réinventera l’opérette de Wagner.  Il y aura tempête, acalmie, mais surtout; errance continuelle sur les mers.

Il n’y aura pas naufrage, contrairement à la croyance romantique. Nous nous en sortirons, achevant notre ”course brève”, sur un flot inachevé, dansant jusqu’à l’ivresse.

Nous serons ce vieil homme, qui aura combattu la mer et nous crierons à tous les vents :

« Camarade, j’ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m’est égal lequel de nous deux tue l’autre. Qu’est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson. »

Ou bien nous serons cet espadon qui lutte jusqu’à l’entêtement, avec la même force hardie que le vieillard.

Mais peu importe jusqu’où le bateau ivre mène : Nous voguerons,

peut-être sans rame, ni radeau,

mais nous voguerons.

Laisser un commentaire »

La royale défunte

prince_carol_king_ferdinand_and_queen_maria_of_romania1

 

Le lundi est un fameux soir pour approfondir sa connaissance du voisinage. En effet, chacun se terre la semaine durant pour finalement aboutir à un seul et même centre : l’inévitable poubelle du bloc 17.

Cette soirée, qui s’annonçait à l’évidence identique aux précédents jours P — Poubelle–, me présenta un évènement inattendu. D’abord, je croisais, comme à l’habitude, cette femme dont l’unique activité consiste à monter et à descendre la rue, exposant 1000, question de digérer. Fidèle à son envie irrésistible de discuter devant une poubelle, elle m’apostropha pour approfondir sa théorie de la”vidange” :

– Bonjour! Bonjour! Il y a beaucoup de déchets n’est-ce pas?

Je n’y avais pas porté attention. Décidément, la tâche des poubelles ne me souriait guère. Mon unique pensée était absorbée par une image fixe, hypochondriaque : me désinfecter les mains au plus vite dès le retour de cette expédition bactériologique. Je constatais en effet, que les sacs s’amoncelaient plus que d’ordinaire.

– Oui en effet.

Elle m’annonça alors un évènement perturbateur : la voisine, qui logeait deux étages au dessus de mon appartement, était décédée la semaine dernière.

– Est-elle décédée dans son appartement? Terreur! Je me voyais déjà hantée par le fantôme de cette dame tandis que je faisais le décompte de mes mauvaise actions : musique disco trop élevée? Quelques soirées passées dans la cours arrière en compagnie d”’Ivresse” et de ”Conversation de filles”.

Ma charmante et discutable voisine me rassura immédiatement. La dame était morte de vieillesse à l’hopital. La culpabilité me prit de cours et j’eus un soupçon de regret pour cette voisine inconnue. Malheureusement, le regret fit rapidement place à la curiosité lorsque ma voisine m’expliqua son éternel engouement pour les vidanges :

– C’était une dame d’Angleterre. Son mari jette, jette et jette des choses depuis le début de la semaine! C’est à se demander où ils rangeaient tout ça! Vous savez, elle collectionnait tout ce qui provenait de la Famille Royale. Le pauvre homme a tout jeté! Albums photos, articles de journaux et des livres! Je ne vous parle pas des livres! 3 bibliothèques pleines de royales collections!

Je cessais de respirer soudain.

– Des livres vous dites? Jetés…

Je fus interrompue par la concierge et un voisin du bloc d’à côté qui apparemment avaient tout suivi de notre conversation :

– Oui! Des livres. J’en ai rammassé une boîte. Le voisin d’en face — le nom, dévoilé par ma concierge, m’échappe, trop de familiarité en si peu de temps — est venu en chercher plusieurs avec sa ”barouette”.

”Estomachée” était une expression qui décrivait faiblement mon émoi.

– Vous dites qu’il a tout jeté?

– Vous dites qu’il a tout jeté?

– Vous dites qu’il a tout jeté?

Je m’entendais en sourdine alors que l’unique réflexion, obsédante, qui me parcourait l’échine s’écriait faiblement : ” Ce n’est pas uniquement la perte d’une femme, nous assistons ici à la disparition de trésors nationaux, royaux…”

Ha! Zut!

Laisser un commentaire »

« Adamo… c’est chanson, c’est poèmes, c’est vibrations ! »

” Mais laisse mes mains sur tes hanches
Ne fais pas ces yeux furibonds
Oui tu l’auras ta revanche tu seras ma dernière chanson”

6221__pfilm31261563071043Je n’ai jamais aimé Adamo.  Tandis que Brel proclamait ”tendre jardinier de l’amour”  notre charmeur sicilien belge, sa mélodie résonnait froidement à mes oreilles, sauf lorsque ma mère la chantonnait.

Alors là, je faisais fi de ces paroles trop simplistes qui me semblaient d’une quelconquitude. La coutumière chanson d’amour se déliait de son habit has been et emboîtait le pas à la voix rauque maternelle.

Je payerais cher pour un moment comme celui-ci, pour vivre en toute légèreté et vibrer, lorsque ma mère et Adamo chantent tour à tour, l’habituelle dernière chanson…

Laisser un commentaire »

J’irai cueillir de grands Lys dans vos jardins oubliés

Je me relève d’une plongée au coeur de la sieste d’après-midi.  Or, je viens de passer le plus clair de ma dernière demi-heure à cueillir des Lys dans les jardins de tous mes voisins.

Un à un,

les Lys formaient de précieux bouquets qui ne dépassaient pas la limite de ma main alors que je ratissais la scène arrière des terrains environnants.

Lorsqu’un voisin m’arrêta pour m’interroger sur les motifs de ma curieuse occupation, je répondais simplement : ”je cueille les fleurs qu’on ne m’a pas cueillies.”

waterhouse_ophelia_021

Nous jonglons ici avec un entrelac de restes diurnes de l’avant-midi (avant de sombrer dans le sommeil, je jetai un coup d’oeil aux cadres figurant des Lys sur le mur de ma chambre) et une symbolique autre représentée par le Lys lui-même et la cueillette de cette liliacée.

L’interprétation de ce contenu manifeste et latant me laisse sans voix. À trop chercher des symboliques, notre oeillère s’ouvre à tout une historicité.

Le Lys et ses symboliques :

De la France :

La précieuse ”Flor de Loys” est décriée et fièrement portée par le Roi Louis VII de France. Emblème botanique et guerrier,  la pointe du Lys figurait aussi le javelot gaullois.

Une légende qui remonte au temps des croisades, attribut également à la reine Clothide, l’introduction de l’emblématique Fleur de Lys. Un ange lui serait apparu et elle lui demanda de remplacer les trois crapauds ou croissants sur l’ecusson de son mari par trois Fleurs de Lys, les 3 pétales du Lys représantant la Trinité de la royauté chrétienne de France.

Jusqu’au Québec :

Nos terrains étant les plus fertiles en Lys de toutes sortes, l’emblématique Lilium s’apposa le 21 janvier 1948, sur le drapeau du Québec.  Le règne de Duplessis aura laissé un éminent témoignage de notre foi chrétienne et de notre appartenance à la francophonie . 

La célèbre devise de Taché, qui remplaça impunément l’optimiste slogan touristique de Québec : La belle province, aura eu raison de tous les jardins oubliés.

 Je me souviens/Que né sous le lys/Je croîs sous la rose.

Commentaires (2) »

L’Élixir de longue vie

Il y avait ce médecin futé que l’on nomme ”le charlatan”. Il répétait à qui souhaitait l’entendre :

”Oyé Oyé! Messieurs, Dames!”

Il sommait à tous : ”Approchez! Approchez!

Chacun pouvant ainsi constater le miraculeux effet de son Élixir de longue vie. De la Chine à l’Europe, de la dynastie Qin à l’énigmatique Nicolas Flamel, la grande quête du sirop longue durée, de la noble alchimie ou de la pierre philosophale a fait son effet. Cet or potable, véritable poison du roman noir des deux Hoffmann – c’est-à-dire de Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann et de son chat — a réssucité le Don Juan de Balzac et ne parvient toujours pas à soigner mon unique quinte de toux. Allons bon, que je sermonnerais  jusqu’à ce bougre de Sganarelle nouveau siècle en lui réclamant du sirop à la banane, je craindrais trop qu’il ne me présage rien qui vaille, ce genre d’augure qui nourrit la crainte du toubib : « [...]c’est toujours la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession est qu’il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus grande du monde ; et jamais on n’en voit se plaindre du médecin qui l’a tué. » (Sganarelle, acte III, scène I)

cap001

Laisser un commentaire »

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.