
Le lundi est un fameux soir pour approfondir sa connaissance du voisinage. En effet, chacun se terre la semaine durant pour finalement aboutir à un seul et même centre : l’inévitable poubelle du bloc 17.
Cette soirée, qui s’annonçait à l’évidence identique aux précédents jours P — Poubelle–, me présenta un évènement inattendu. D’abord, je croisais, comme à l’habitude, cette femme dont l’unique activité consiste à monter et à descendre la rue, exposant 1000, question de digérer. Fidèle à son envie irrésistible de discuter devant une poubelle, elle m’apostropha pour approfondir sa théorie de la”vidange” :
– Bonjour! Bonjour! Il y a beaucoup de déchets n’est-ce pas?
Je n’y avais pas porté attention. Décidément, la tâche des poubelles ne me souriait guère. Mon unique pensée était absorbée par une image fixe, hypochondriaque : me désinfecter les mains au plus vite dès le retour de cette expédition bactériologique. Je constatais en effet, que les sacs s’amoncelaient plus que d’ordinaire.
– Oui en effet.
Elle m’annonça alors un évènement perturbateur : la voisine, qui logeait deux étages au dessus de mon appartement, était décédée la semaine dernière.
– Est-elle décédée dans son appartement? Terreur! Je me voyais déjà hantée par le fantôme de cette dame tandis que je faisais le décompte de mes mauvaise actions : musique disco trop élevée? Quelques soirées passées dans la cours arrière en compagnie d”’Ivresse” et de ”Conversation de filles”.
Ma charmante et discutable voisine me rassura immédiatement. La dame était morte de vieillesse à l’hopital. La culpabilité me prit de cours et j’eus un soupçon de regret pour cette voisine inconnue. Malheureusement, le regret fit rapidement place à la curiosité lorsque ma voisine m’expliqua son éternel engouement pour les vidanges :
– C’était une dame d’Angleterre. Son mari jette, jette et jette des choses depuis le début de la semaine! C’est à se demander où ils rangeaient tout ça! Vous savez, elle collectionnait tout ce qui provenait de la Famille Royale. Le pauvre homme a tout jeté! Albums photos, articles de journaux et des livres! Je ne vous parle pas des livres! 3 bibliothèques pleines de royales collections!
Je cessais de respirer soudain.
– Des livres vous dites? Jetés…
Je fus interrompue par la concierge et un voisin du bloc d’à côté qui apparemment avaient tout suivi de notre conversation :
– Oui! Des livres. J’en ai rammassé une boîte. Le voisin d’en face — le nom, dévoilé par ma concierge, m’échappe, trop de familiarité en si peu de temps — est venu en chercher plusieurs avec sa ”barouette”.
”Estomachée” était une expression qui décrivait faiblement mon émoi.
– Vous dites qu’il a tout jeté?
– Vous dites qu’il a tout jeté?
– Vous dites qu’il a tout jeté?
Je m’entendais en sourdine alors que l’unique réflexion, obsédante, qui me parcourait l’échine s’écriait faiblement : ” Ce n’est pas uniquement la perte d’une femme, nous assistons ici à la disparition de trésors nationaux, royaux…”
Ha! Zut!